Votre enfant obtient une mauvaise note en mathématiques.
Vous lui demandez combien de temps il a travaillé.
Il vous répond qu'il a révisé.
Mais ses résultats ne changent pas.
Alors une conclusion semble presque évidente :
« Il ne travaille pas suffisamment. »
C'est une explication que l'on entend souvent.
Lorsqu'un enfant rencontre des difficultés, on lui demande de faire davantage d'exercices, de réviser plus longtemps ou de consacrer davantage de temps aux mathématiques.
Et parfois, c'est effectivement nécessaire.
Mais pas toujours.
Parce qu'un enfant peut travailler beaucoup et continuer à échouer.
Il peut même travailler davantage que certains élèves qui obtiennent de meilleurs résultats.
La véritable question n'est donc pas seulement :
« Combien de temps votre enfant travaille-t-il ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que le travail qu'il fournit répond réellement à la difficulté qu'il rencontre ? »
Plus de travail ne corrige pas forcément le mauvais problème
Imaginez un enfant qui ne maîtrise pas correctement les fractions.
Vous lui demandez de faire vingt exercices supplémentaires.
Il en fait trente.
Puis quarante.
Mais s'il ne comprend toujours pas le principe sur lequel reposent les opérations, il risque simplement de reproduire les mêmes erreurs un plus grand nombre de fois.
Le problème n'est alors pas son manque d'effort.
Le problème est que l'effort n'est pas dirigé vers la bonne difficulté.
C'est une distinction essentielle.
Parce qu'un enfant peut être très travailleur tout en travaillant de manière inefficace.
Travailler longtemps ne signifie pas nécessairement travailler efficacement
Le temps consacré aux mathématiques est une donnée intéressante.
Mais il ne permet pas, à lui seul, de déterminer la qualité du travail effectué.
Un enfant peut passer deux heures devant ses cahiers sans réellement apprendre.
Il peut relire plusieurs fois son cours sans chercher à vérifier s'il l'a compris.
Il peut refaire des exercices dont il connaît déjà la méthode.
Il peut regarder la correction sans analyser son erreur.
Il peut mémoriser une formule sans comprendre dans quelles situations l'utiliser.
Il peut également passer beaucoup de temps bloqué sur un exercice sans savoir comment dépasser son blocage.
À la fin, il aura effectivement travaillé pendant deux heures.
Mais ces deux heures n'auront peut-être pas produit les progrès attendus.
La durée du travail ne garantit pas son efficacité.
Certains enfants ont besoin de comprendre avant de pouvoir progresser
Lorsqu'un enfant ne comprend pas une notion fondamentale, lui demander simplement de faire davantage d'exercices peut augmenter sa frustration.
Imaginez qu'il ne comprenne pas pourquoi deux fractions peuvent être comparées de telle ou telle manière.
Vous lui donnez alors une série d'exercices supplémentaires.
Il essaie.
Il se trompe.
Il regarde la correction.
Il recommence.
Puis il commet une nouvelle erreur.
À force, il peut finir par croire qu'il n'est tout simplement « pas bon en maths ».
Pourtant, il ne manquait peut-être pas de volonté.
Il manquait d'une explication adaptée à la nature exacte de sa difficulté.
Avant d'augmenter la quantité de travail, il faut parfois améliorer la qualité de la compréhension.
Une lacune ancienne peut donner l'impression d'un manque de travail
Les mathématiques fonctionnent beaucoup par accumulation.
Une notion étudiée aujourd'hui peut dépendre d'une notion étudiée plusieurs mois auparavant.
Si cette première notion n'a jamais été réellement maîtrisée, les difficultés peuvent progressivement s'accumuler.
Au début, elles restent parfois presque invisibles.
Puis les exercices deviennent plus complexes.
Les connaissances anciennes deviennent indispensables.
Et l'enfant commence à avoir de plus en plus de difficultés.
Vu de l'extérieur, on peut avoir l'impression qu'il ne travaille pas assez.
Mais le véritable problème peut être une lacune ancienne qui n'a jamais été identifiée.
Dans ce cas, demander à l'enfant de travailler davantage sans revenir sur cette lacune revient à construire un nouvel étage sur des fondations fragiles.
Il faut distinguer le manque de travail du manque de méthode
Deux enfants peuvent consacrer le même nombre d'heures aux mathématiques et obtenir des résultats très différents.
Pourquoi ?
Parce qu'ils ne travaillent pas nécessairement de la même manière.
L'un peut savoir identifier ses erreurs.
Il peut savoir quelles notions il ne maîtrise pas.
Il peut organiser ses révisions.
Il peut alterner compréhension, entraînement et vérification.
L'autre peut simplement enchaîner les exercices sans savoir ce qu'il cherche à améliorer.
Il peut passer d'un chapitre à l'autre sans identifier ses lacunes.
Il peut apprendre les corrections sans comprendre ses erreurs.
Le problème n'est donc pas toujours :
« Il ne travaille pas assez. »
Il peut être :
« Il ne sait pas encore comment travailler efficacement. »
Certains enfants ont surtout besoin d'apprendre à résoudre des problèmes
Il existe également une difficulté particulière en mathématiques : savoir utiliser ses connaissances.
Un enfant peut connaître ses formules.
Il peut connaître ses propriétés.
Il peut comprendre les exemples réalisés en classe.
Mais lorsqu'il se retrouve face à un problème qu'il n'a jamais vu exactement sous cette forme, il ne sait pas quoi faire.
Il ne sait pas quelle information utiliser.
Il ne sait pas quelle méthode choisir.
Il ne sait pas comment commencer.
Dans ce cas, lui donner davantage d'exercices identiques peut avoir un effet limité.
Il doit progressivement apprendre à raisonner, choisir une stratégie et mobiliser ses connaissances de manière autonome.
L'enfant peut également avoir besoin de temps pour consolider ses apprentissages
À l'inverse, il serait également dangereux de considérer que le travail supplémentaire est toujours inutile.
Certaines compétences nécessitent effectivement de la répétition.
Un enfant peut avoir compris une notion mais manquer encore d'automatismes.
Il peut connaître une méthode mais avoir besoin de plusieurs exercices pour l'utiliser avec suffisamment de fluidité.
Il peut également avoir besoin de revoir régulièrement certaines notions pour les maintenir dans le temps.
Dans ces situations, davantage de travail peut être pertinent.
Mais ce travail doit avoir un objectif précis.
Il ne s'agit pas simplement d'ajouter des exercices.
Il s'agit de savoir ce que ces exercices doivent permettre d'améliorer.
La mauvaise question peut conduire à la mauvaise solution
Lorsque les résultats sont insuffisants, demander :
« Combien d'heures travaille-t-il ? »
peut être utile.
Mais ce n'est pas la seule question à poser.
Il faut également demander :
« Que fait-il pendant ces heures ? »
Puis :
« Quelles erreurs commet-il régulièrement ? »
« Quelles notions maîtrise-t-il réellement ? »
« Quelles notions sont encore fragiles ? »
« Sait-il expliquer pourquoi il se trompe ? »
« Sait-il travailler seul ? »
« Sait-il choisir une méthode lorsqu'aucune indication ne lui est donnée ? »
Ces questions permettent de passer d'un jugement général sur la quantité de travail à une véritable analyse de la difficulté.
Le risque de faire porter toute la responsabilité à l'enfant
Dire constamment à un enfant :
« Tu dois travailler davantage. »
peut sembler motivant.
Mais répété sans comprendre la cause de ses difficultés, ce message peut devenir lourd à porter.
L'enfant peut finir par penser :
« Si je n'ai pas de bonnes notes, c'est parce que je ne travaille pas assez. »
Alors même qu'il fait déjà beaucoup d'efforts.
Il peut travailler davantage.
Puis obtenir à nouveau une mauvaise note.
Et conclure :
« Même quand je travaille, je n'y arrive pas. »
Cette situation peut progressivement affecter sa confiance.
Il est donc important de ne pas confondre responsabilisation et culpabilisation.
Responsabiliser un enfant, c'est lui apprendre à comprendre son fonctionnement et à améliorer sa manière de travailler.
Le culpabiliser, c'est lui faire croire que ses résultats sont nécessairement la conséquence d'un manque d'effort.
La bonne question : où se trouve l'obstacle ?
Lorsqu'un enfant n'obtient pas les résultats attendus, il peut être beaucoup plus utile de chercher à localiser précisément l'obstacle.
Est-ce une notion mal comprise ?
Une lacune ancienne ?
Une difficulté de calcul ?
Un problème de compréhension des consignes ?
Une mauvaise méthode de résolution ?
Une difficulté à mobiliser les connaissances ?
Un manque d'autonomie ?
Un manque d'entraînement ?
Une mauvaise gestion du temps ?
Ou effectivement, un manque de travail ?
Toutes ces possibilités existent.
Et elles ne se traitent pas de la même manière.
C'est pourquoi il est dangereux de choisir la solution avant d'avoir identifié le problème.
Avant d'ajouter des heures, identifiez ce qui doit être amélioré
La prochaine fois que votre enfant obtient une mauvaise note en mathématiques, essayez donc de ne pas tirer immédiatement la conclusion qu'il ne travaille pas assez.
Commencez par observer.
Regardez sa copie.
Analysez ses erreurs.
Demandez-lui de vous expliquer son raisonnement.
Observez ce qu'il fait lorsqu'il rencontre un exercice nouveau.
Demandez-lui ce qu'il trouve difficile.
Et surtout, cherchez à comprendre ce qui se trouve entre le travail fourni et le résultat obtenu.
Parce que c'est précisément dans cet écart que peut se trouver le véritable obstacle.
Travailler plus ou travailler autrement ?
La question n'est finalement pas de savoir si votre enfant doit toujours travailler davantage.
Dans certaines situations, oui.
Mais dans d'autres, il doit surtout apprendre à travailler autrement.
Il peut avoir besoin de consolider une notion.
De corriger une lacune ancienne.
D'apprendre à analyser ses erreurs.
De développer une méthode de résolution.
D'améliorer sa compréhension des énoncés.
Ou simplement de pratiquer davantage une compétence qu'il vient de comprendre.
Le bon niveau de travail dépend donc de la nature du problème.
Et c'est pourquoi l'accompagnement efficace ne commence pas nécessairement par une augmentation du nombre d'exercices.
Il commence par une question beaucoup plus importante :
« Qu'est-ce qui empêche réellement cet enfant de transformer ses efforts en progrès ? »
Car votre enfant ne manque peut-être pas de travail.
Il lui manque peut-être simplement le bon travail, au bon moment, sur le bon obstacle.
Et lorsqu'on parvient à identifier cet obstacle, chaque heure consacrée aux mathématiques peut commencer à produire beaucoup plus de progrès.

