Votre enfant passe des heures à faire ses exercices.
Il révise ses leçons. Il recommence les exercices qu'il n'a pas réussis. Il apprend ses formules. Parfois même, il travaille davantage que certains de ses camarades.
Et pourtant, ses résultats ne progressent pas.
Face à cette situation, une question revient naturellement :
« S'il travaille autant, pourquoi ses notes ne s'améliorent-elles pas ? »
La réponse est importante, parce que le problème n'est pas forcément le manque de travail.
Dans certains cas, votre enfant travaille énormément... mais d'une manière qui ne lui permet pas de corriger ce qui l'empêche réellement de progresser.
Travailler davantage ne signifie pas forcément apprendre davantage
Nous avons souvent tendance à associer le travail et la progression.
Un enfant qui obtient de mauvais résultats devrait donc, logiquement, travailler davantage.
Mais cette logique comporte une limite.
Imaginez un élève qui ne comprend pas correctement les fractions.
Il peut passer deux heures à résoudre des exercices sur les fractions.
Puis trois heures.
Puis quatre.
Mais s'il ne comprend toujours pas le principe fondamental qui se trouve derrière les opérations qu'il réalise, il risque simplement de répéter les mêmes erreurs pendant davantage de temps.
Le problème n'est alors pas la quantité de travail.
C'est la nature du travail effectué.
Travailler davantage sur une difficulté mal identifiée peut même donner l'impression que l'enfant fait énormément d'efforts sans obtenir de résultats.
Le véritable problème peut se trouver en amont
Lorsqu'un enfant rencontre des difficultés en mathématiques, il est tentant de regarder uniquement sa dernière note.
12/20.
9/20.
7/20.
5/20.
Mais une note ne nous dit pas nécessairement pourquoi l'enfant a obtenu ce résultat.
Deux élèves peuvent obtenir exactement la même note pour des raisons complètement différentes.
L'un peut avoir des difficultés à comprendre les consignes.
L'autre peut comprendre les consignes mais ne pas maîtriser certaines notions fondamentales.
Un troisième peut maîtriser les notions mais avoir des difficultés à raisonner face à un problème.
Un quatrième peut savoir résoudre les exercices lorsqu'il est accompagné, mais ne pas parvenir à mobiliser seul les bonnes méthodes.
Le résultat est le même. La cause, elle, peut être totalement différente.
Et c'est précisément là que se trouve l'une des principales difficultés.
Certaines lacunes peuvent être invisibles
En mathématiques, les apprentissages sont fortement liés les uns aux autres.
Une notion mal comprise aujourd'hui peut devenir un obstacle plusieurs mois plus tard.
Un enfant peut, par exemple, parvenir à effectuer certaines opérations sans réellement comprendre les mécanismes qui les sous-tendent.
Il peut mémoriser une méthode sans comprendre pourquoi elle fonctionne.
Il peut réussir un exercice lorsqu'il ressemble à celui qu'il vient de voir, mais être complètement perdu lorsque la présentation change.
À court terme, cela peut passer inaperçu.
Mais lorsque les exercices deviennent progressivement plus complexes, les difficultés réapparaissent.
L'enfant travaille alors davantage pour essayer de compenser.
Et ses parents peuvent avoir l'impression qu'il ne travaille toujours pas suffisamment.
Alors que le véritable problème peut être une lacune ancienne qui n'a jamais été identifiée ni corrigée.
Répéter une erreur ne permet pas de la corriger
Il existe également une autre situation particulièrement fréquente.
L'enfant fait un exercice.
Il se trompe.
Il regarde la correction.
Puis il recommence.
Mais il ne comprend pas nécessairement pourquoi il s'est trompé.
Il peut alors mémoriser la procédure correcte sans identifier son erreur de raisonnement.
Quelques jours plus tard, face à un exercice légèrement différent, il reproduit exactement le même raisonnement erroné.
C'est pourquoi le simple fait de refaire beaucoup d'exercices n'est pas toujours suffisant.
Un exercice supplémentaire n'a de valeur que s'il permet de faire progresser la compréhension.
Votre enfant peut également manquer de méthode
Certains élèves ont les connaissances nécessaires pour réussir, mais ne savent pas comment les mobiliser.
Ils lisent un problème et ne savent pas par où commencer.
Ils voient plusieurs informations et ne savent pas lesquelles utiliser.
Ils connaissent plusieurs formules mais ne savent pas laquelle choisir.
Ils commencent un raisonnement, se retrouvent bloqués, puis abandonnent.
Dans ce cas, leur difficulté n'est pas nécessairement un manque d'intelligence ou de travail.
Ils peuvent simplement ne pas avoir développé une méthode suffisamment solide pour aborder les problèmes mathématiques.
Et lorsqu'un enfant ne sait pas comment travailler efficacement, lui demander de travailler davantage peut être contre-productif.
La confiance joue également un rôle
Il existe enfin une dimension que l'on sous-estime parfois : la perception que l'enfant a de ses propres capacités.
Après plusieurs échecs, certains enfants finissent par développer une conviction :
« Je ne suis pas bon en maths. »
À partir de ce moment, chaque nouvel exercice peut devenir une source d'appréhension.
L'enfant commence à douter avant même d'avoir essayé.
Il cherche immédiatement la validation d'un adulte.
Il abandonne plus rapidement lorsqu'il rencontre une difficulté.
Et chaque nouvelle mauvaise note semble confirmer ce qu'il pense déjà de lui-même.
Il peut donc travailler beaucoup tout en progressant peu, parce qu'une partie de son énergie est consacrée à gérer l'incertitude, la peur de l'erreur ou le découragement.
Alors, que faut-il faire ?
La première étape n'est pas nécessairement de demander à votre enfant de travailler davantage.
C'est de comprendre ce qui l'empêche réellement de progresser.
Avant d'ajouter des heures de travail, il faut pouvoir répondre à plusieurs questions :
- Quelles notions votre enfant maîtrise-t-il réellement ?
- Quelles notions sont encore fragiles ?
- Comprend-il les concepts ou mémorise-t-il simplement des procédures ?
- Sait-il identifier la méthode à utiliser face à un problème ?
- Comprend-il ses erreurs lorsqu'il se trompe ?
- Ses difficultés sont-elles récentes ou anciennes ?
- Travaille-t-il efficacement ou répète-t-il simplement les mêmes exercices ?
- Sa manière de travailler correspond-elle réellement à ses besoins ?
C'est seulement après avoir identifié la cause que l'on peut déterminer la bonne intervention.
Parce qu'un enfant n'a pas toujours besoin de travailler davantage.
Il peut avoir besoin de travailler autrement.
La progression commence par le bon diagnostic
Lorsqu'un enfant travaille beaucoup sans progresser, la question ne devrait donc pas être uniquement :
« Combien d'heures travaille-t-il ? »
Il faut aussi se demander :
« Sur quoi travaille-t-il exactement ? »
Et surtout :
« Est-ce que ce travail s'attaque réellement à la cause de ses difficultés ? »
C'est une distinction fondamentale.
Parce que deux enfants peuvent consacrer trois heures aux mathématiques et obtenir des résultats complètement différents.
L'un peut utiliser ces trois heures pour consolider une notion qu'il vient de comprendre.
L'autre peut passer ces trois heures à répéter des exercices sans comprendre pourquoi il commet toujours les mêmes erreurs.
La quantité de travail est donc importante.
Mais elle ne suffit pas.
Pour progresser durablement en mathématiques, votre enfant doit d'abord comprendre ce qui l'empêche de progresser.
Et parfois, la meilleure manière de l'aider n'est pas de lui demander de travailler davantage.
C'est de prendre le temps de découvrir où se trouve réellement l'écart entre ce qu'il est capable de faire et les résultats qu'il obtient.

